25 avril 2026 - Santé

Les chaleurs de la jument : un facteur à prendre en compte dans sa gestion quotidienne

Délicates, sensibles, compliquées dans la gestion quotidienne, caractérielles… qui n’a jamais entendu parler de ces traits de caractère que l’on attribue souvent aux juments lorsqu’elles sont en période de chaleurs ? De quoi parle-t-on ? Comment prendre en compte ce phénomène physiologique cyclique afin d’optimiser la gestion des juments tout au long de l’année, aussi bien dans leur vie quotidienne qu’en vue de leur mise à la reproduction ?

 Comprendre l’activité cyclique saisonnière de la jument

La jument a une activité sexuelle saisonnière, avec une période d’inactivité ovarienne allant de la fin de l’automne au début du printemps, suivie d’une période d’activité cyclique au printemps et en été. La cyclicité se caractérise par l’alternance entre des périodes de chaleurs (ou œstrus) avec ovulation, où la jument se prépare à la saillie et la fécondation, et des périodes de refus de l’étalon (ou diœstrus), où la jument se prépare à la gestation.

La durée des chaleurs varie entre 2 et 15 jours suivant les juments et la saison (elles sont souvent plus longues au printemps, plus courtes en été, et rallongent à l’automne). En revanche, le diœstrus dure quant à lui généralement 14 jours, indépendamment de la durée de l’œstrus. La période de refus étant la moins variable, c’est elle qui permet de prévoir avec le plus de sûreté la date de retour en chaleurs.

 Savoir reconnaître les signes comportementaux de chaleurs/refus

Que ce soit en période de chaleurs ou de refus, les juments ont généralement tendance à exprimer certains signes comportementaux évocateurs :

Signes de chaleursSignes de refus
• S’immobilise à l’approche du mâle• Se campe• Relève la queue (sur le côté de la croupe)• Manifeste des mouvements de vulve (« cligne »)• Urine par petits jets• Cherche à fuir à l’approche du mâle• Fouaille de la queue• Plaque les oreilles en arrière• Couine• Se défend en tapant (voire en ruant)

 Importance de bien savoir observer et connaître la jument

Même s’il existe des grandes tendances dans les manifestations des périodes de chaleurs et de refus, les signes comportementaux évocateurs mentionnés ci-dessus ne sont pas spécifiques des juments en œstrus/diœstrus. Une jument peut par exemple coucher les oreilles ou envoyer un coup de sabot alors qu’elle est bien en chaleurs. À l’inverse, une jument qui relève la queue sur le côté n’est pas pour autant nécessairement en chaleurs. Les comportements de chaleurs sont également très variables en fonction des juments, des cycles d’une même jument, voire des jours du cycle d’une même jument, donc difficiles à interpréter. Il arrive parfois que certaines juments fassent du snapping (comportement caractéristique du poulain/jeune face à un adulte, phénomène de « mordillement » dans le vide, signe de soumission, d’inoffensivité »).

 Comment détecter les chaleurs pour la mise à la reproduction ?

Sur le terrain, une pratique simple à mettre en place permet de savoir à quel stade du cycle se situe la jument (œstrus ou diœstrus) et donc s’il faut commencer ou bien continuer à la faire saillir ou inséminer. La détection des chaleurs s’effectue classiquement par le test de l’épreuve de la barre (plus communément appelé « passage à la barre de soufflage » ou simplement « passage à la barre »). La jument, idéalement placée derrière un bat-flanc plein pour éviter les coups de pied, est mise en présence d’un mâle (aussi appelé « souffleur ») qui la flaire de la tête à la queue. L’étalonnier amène le mâle en main de façon perpendiculaire à la barre, tandis qu’une autre personne tient la jument en passant simplement la longe dans un anneau pour la stabiliser dans la barre.

Le passage à la barre est une méthode délicate, qui nécessite une certaine connaissance de la jument par l’étalonnier. Ce dernier doit faire la synthèse de toutes les réactions comportementales de la jument lors du passage à la barre, et non pas se baser sur un signe en particulier. En cas de comportement douteux, un test identique éventuellement accompagné d’une tentative de chevauchement peut être effectué hors de la barre. Le « bout-en-train » est alors équipé d’un tablier pour que sa verge soit plaquée sous son abdomen et qu’il ne puisse pas pénétrer la jument.

Certaines juments ont parfois des comportements de chaleurs très discrets et d’autres refusent l’étalon en permanence. Dans ces cas précis, le suivi ovarien par échographie s’avère indispensable.

 Assurer un suivi régulier

En début de saison (c’est-à-dire en février-mars), la jument est en phase de transition printanière, période qui précède la reprise de cyclicité. Elle présente alors des chaleurs plus ou moins marquées qui peuvent durer plusieurs semaines. Deux passages à la barre par semaine suffisent. Dès que la jument entre en chaleurs, son comportement à la barre est ensuite vérifié tous les 2 jours jusqu’à la fin des chaleurs (c’est-à-dire jusqu’au 1er jour de refus). Si son comportement est irrégulier, la jument peut encore être en inactivité ovarienne. Un examen échographique par le vétérinaire peut s’avérer nécessaire afin de confirmer son état ovarien.

À partir de la mi-avril, il est conseillé de passer la jument à la barre de soufflage dès son arrivée au centre de reproduction, puis tous les 2 jours jusqu’à la fin des chaleurs.

 En tenir compte dans la gestion de la jument au quotidien

Outre la mise à la reproduction, il est important de prendre ces éléments en compte dans la gestion quotidienne de la jument en adaptant les pratiques suivant le comportement de cette dernière :

  • Faire preuve de patience, même en cas d’agressivité, tout en restant vigilant ;
  • Limiter le maintien en box ferme et la laisser libre de se déplacer autant que possible (hébergement en extérieur ou au minimum sorties au paddock si vie en bâtiment…) ;
  • Adapter, alléger ou reporter le travail, voire laisser la jument au repos pendant ses chaleurs ;
  • Éventuellement l’aider en apportant des produits pour la soulager (recours à la phytothérapie, mais efficacité encore non prouvée scientifiquement, médicament spécifique prescrit par un vétérinaire…).

En bref… Les chaleurs sont un état physiologique revenant de façon cyclique pendant la belle saison, durant lequel la jument manifeste souvent des changements comportementaux plus ou moins marqués. Il est nécessaire de connaître ces derniers, de ne pas les négliger et d’apprendre à s’y adapter au cas par cas, suivant la personnalité de la jument. Ces conseils peuvent paraître triviaux, mais sont primordiaux pour favoriser la santé et le bien-être de la jument, ainsi qu’une meilleure relation Homme-animal. 

Par Nelly GENOUX (ingénieure agronome – ingénieure de développement IFCE) et Clothilde GOURTAY (formatrice « Reproduction et techniques d’élevage » IFCE)

Crédit photo © N. Genoux / IFCE

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