Le harper australien chez le cheval
Le harper australien est une affection qui peut être particulièrement impressionnante. Le cheval présente une hyperflexion involontaire d’un ou des deux postérieurs, qui peut aller d’un mouvement légèrement exagéré à un postérieur qui vient frapper le ventre dans les cas les plus sévères.
Cette forme de harper apparaît principalement à la fin de l’été et au début de l’automne, souvent après une période sèche. La porcelle enracinée (Hypochaeris radicata), une plante que l’on retrouve dans de nombreuses prairies, est très souvent associée aux cas de harper australien.
Voyons de plus près de quoi il s’agit, comment reconnaître les premiers symptômes et surtout comment limiter les risques.
Qu’est-ce que le harper australien ?
Le harper se traduit par une hyperflexion involontaire plus ou moins importante d’un ou des deux membres postérieurs.
Il existe deux formes de harper chez le cheval.
La forme dite « classique » est le plus souvent unilatérale et peut notamment être associée à un traumatisme sur la face dorsale du canon.
La forme australienne est généralement bilatérale. Elle est liée à une atteinte des fibres nerveuses périphériques, notamment au niveau des nerfs fibulaires. Les deux postérieurs peuvent cependant être atteints de manière différente.
La forme classique apparaît généralement sous forme de cas isolés. Le harper australien peut au contraire toucher plusieurs chevaux dans une même région. Il présente également un caractère saisonnier, les cas étant principalement observés à la fin de l’été et au début de l’automne.
Quels sont les symptômes du harper australien ?
Le symptôme le plus caractéristique est l’hyperflexion involontaire du postérieur.
Elle apparaît souvent brutalement et peut être observée lorsque le cheval se déplace, mais également au repos dans les formes importantes.
La gravité du harper australien est classée en cinq degrés :
Degré 1 : l’hyperflexion apparaît uniquement lorsque le cheval recule, tourne ou lorsqu’il est stressé.
Degré 2 : elle apparaît lorsque le cheval se met au pas ou au trot. Elle est plus marquée lorsqu’il recule, tourne court ou lorsqu’on lui prend un postérieur.
Degré 3 : une hyperflexion modérée est présente au pas et au trot, notamment au démarrage et à l’arrêt. Le cheval peut avoir des difficultés à reculer et à tourner et son galop peut être désuni. Le postérieur ne vient cependant pas toucher le ventre.
Degré 4 : l’hyperflexion devient très importante. Le postérieur peut venir frapper le ventre, y compris lorsque le cheval est à l’arrêt. Le cheval ne parvient plus à reculer correctement, tourne difficilement et peut être incapable de trotter.
Degré 5 : le cheval ne parvient plus à se déplacer normalement et avance en sautillant « comme un lapin ». Les postérieurs peuvent rester en hyperflexion pendant plusieurs secondes.
Dans les formes sévères, une fonte musculaire d’origine neurologique peut également apparaître au niveau des postérieurs.
Certains chevaux présentent aussi une atteinte du nerf laryngé pouvant entraîner un cornage, avec une respiration anormalement bruyante au travail.
Le comportement peut également être modifié. Certains chevaux deviennent agités, dépressifs ou agressifs et cette agitation peut accentuer les symptômes.
Quel est le rôle de la porcelle enracinée ?
La porcelle enracinée est une plante herbacée vivace à fleurs jaunes qui ressemble beaucoup au pissenlit. Elle est toxique pour les chevaux et son ingestion est impliquée dans l’apparition du harper australien.
Mais les connaissances actuelles ne permettent toujours pas d’affirmer que la porcelle est à elle seule responsable de tous les cas.
Après la canicule de 2003, la France a connu une forte augmentation des cas de harper australien. La présence de porcelle enracinée dans les pâtures était alors le seul facteur commun retrouvé parmi les différents cas déclarés.
Cependant, des épisodes de harper australien ont également été observés dans des pâtures où aucune porcelle n’avait été retrouvée.
L’IFCE considère donc aujourd’hui son ingestion comme un facteur favorisant, mais probablement pas suffisant à lui seul. La présence simultanée d’autres facteurs, comme certaines mycotoxines ou des carences alimentaires, est également envisagée.
Le mécanisme exact de toxicité de la porcelle reste lui aussi mal connu.
Pourquoi la sécheresse augmente-t-elle les risques ?
La porcelle enracinée possède un système racinaire pivotant très développé qui lui permet de bien résister à la sécheresse.
Lorsque les autres plantes de la prairie souffrent du manque d’eau et que les ressources en herbe diminuent, la porcelle peut donc continuer à se développer.
Les chevaux la délaissent généralement lorsque les ressources alimentaires sont suffisantes. En revanche, sur une prairie pauvre ou surpâturée, ils peuvent commencer à la consommer.
La plante peut également être ingérée lorsqu’elle se retrouve dans du foin.
C’est notamment ce qui explique la vigilance particulière à avoir pendant les périodes de sécheresse et lorsque les pâtures commencent à manquer d’herbe.
Comment reconnaître la porcelle enracinée ?
La porcelle enracinée (Hypochaeris radicata) appartient à la famille des Astéracées. Elle mesure généralement entre 30 et 70 cm.
Ses feuilles sont disposées en rosette au ras du sol. Elles sont découpées en lobes arrondis et présentent des poils rudes sur leurs deux faces.
Ses fleurs jaunes peuvent facilement faire penser à celles du pissenlit. Ses tiges sont en revanche ramifiées et peuvent porter plusieurs fleurs.
Sa longue racine pivotante lui permet de rester bien ancrée dans le sol et explique en partie sa résistance à la sécheresse.
Comment diagnostique-t-on le harper australien ?
L’apparition d’une hyperflexion anormale d’un ou des deux postérieurs doit conduire à faire examiner le cheval par un vétérinaire.
Le diagnostic repose d’abord sur les signes observés et sur le contexte : période de l’année, état des pâtures, présence éventuelle de porcelle et apparition d’autres cas dans le même secteur.
Une électromyographie du muscle extenseur latéral du doigt peut également être réalisée afin de mettre en évidence le dysfonctionnement nerveux associé au harper.
Que faire lorsqu’un cheval est atteint ?
Si de la porcelle enracinée est présente dans la prairie, tous les chevaux doivent en être éloignés, qu’ils présentent ou non des symptômes.
Il faut également éviter les fourrages contenant la plante.
Le stress pouvant aggraver les signes cliniques, il faut autant que possible éviter les situations qui mettent le cheval en difficulté ou provoquent de l’agitation.
La suite de la prise en charge dépend de la gravité des symptômes et doit être déterminée avec le vétérinaire.
Existe-t-il un traitement du harper australien ?
Les causes exactes du harper australien n’étant toujours pas complètement comprises, il n’existe pas de traitement spécifique de la maladie. Le traitement est essentiellement destiné à réduire les symptômes.
Des myorelaxants agissant sur le système nerveux central ou certains tranquillisants peuvent être utilisés dans certains cas, notamment lorsque le stress aggrave les symptômes.
La phénytoïne, un médicament antiépileptique, peut également faire régresser rapidement mais seulement partiellement le harper. Il n’existe cependant pas de spécialité pharmaceutique équine et son utilisation reste peu accessible. Selon l’IFCE, elle se justifie surtout lorsque le cheval ne peut plus se déplacer.
Une intervention chirurgicale, la ténectomie de l’extenseur latéral du doigt, a également été utilisée. Elle est plutôt réservée au harper classique et reste controversée car son mécanisme d’action est mal compris. Une étude italienne a néanmoins rapporté de bons résultats sur des chevaux atteints de harper australien.
Un cheval atteint peut-il guérir ?
La rémission spontanée est fréquente, mais elle peut être longue.
Une fois le cheval éloigné de l’environnement suspecté, les symptômes peuvent progressivement diminuer. Il faut parfois plusieurs mois avant d’observer une récupération importante.
Le changement d’environnement reste donc aujourd’hui l’une des mesures les plus importantes dans la prise en charge du harper australien.
Comment prévenir le harper australien ?
La prévention passe principalement par la surveillance des pâtures et la limitation de l’exposition à la porcelle enracinée.
Lorsqu’elle est identifiée dans une prairie, l’IFCE recommande d’en éloigner les chevaux, atteints ou non.
Il faut également éviter de laisser les chevaux sur des pâtures pauvres pendant les périodes de sécheresse. Lorsque les ressources en herbe diminuent, un apport de foin permet d’éviter qu’ils ne soient poussés à consommer des plantes qu’ils délaissent habituellement.
Maintenir un couvert végétal suffisamment dense permet également de limiter le développement de la porcelle.
La plante est difficile à éliminer manuellement en raison de sa longue racine pivotante. Dans les prairies très pauvres ou fortement colonisées, une rénovation de la prairie peut être nécessaire.
Enfin, il faut également surveiller le fourrage puisque la porcelle peut être consommée dans du foin contaminé.
Le harper australien reste encore mal compris
Plus d’un siècle après les premières observations réalisées en Australie, toutes les causes du harper australien ne sont toujours pas connues.
La porcelle enracinée est aujourd’hui clairement impliquée dans son apparition, mais sa présence ne suffit pas à expliquer tous les cas. D’autres facteurs sont probablement en jeu et le mécanisme exact de l’intoxication reste encore à préciser.
En revanche, les situations à risque sont mieux connues : pâtures pauvres, présence de porcelle, manque d’herbe et périodes de sécheresse.
Inspecter régulièrement les prairies, apporter du foin lorsque l’herbe vient à manquer et retirer les chevaux des parcelles contenant de la porcelle permettent donc de réduire les risques.
L’équipe Cheval Partenaire
Sources :
- IFCE/équipédia — Harper de forme australienne
- IFCE/équipédia — La porcelle enracinée : plante toxique
- RESPE — Harper australien
- RESPE — Porcelle enracinée et chevaux, 30 juin 2026

