26 août 2019 / Conseils

Travailler le dos du cheval

Dossier
Travailler le dos du cheval

Au-delà de porter le poids du cavalier, le dos du cheval est un véritable « pont » qui permet la transmission du mouvement de l’arrière- vers l’avant-main. C’est grâce à lui que tout se met à fonctionner… ou à bloquer !  Un travail dans le respect du dos de sa monture devrait être la priorité de tout cavalier. Mais comment faire pour travailler dans le bon sens ?

Le dos du cheval, comment ça fonctionne ?

Les 9-10 premières vertèbres thoraciques, formant la base anatomique du garrot, ont la particularité d’avoir de très longs processus épineux. Une caractéristique anatomique importante à prendre en considération en équitation… mais pourquoi ?

Comment travailler le dos de son cheval ?

Le dos du cheval n’est naturellement pas fait pour porter le poids d’un cavalier. Lorsqu’un cavalier se pose sur son dos, vous aurez observé qu’un cheval peu habitué à être monté (poulain au débourrage) ou habitué à être mal monté a tendance à remonter son encolure tout en creusant son dos. Pourquoi est-ce embêtant ? Parce qu’en se relevant, l’encolure a pour effet de détendre les ligaments nuchal et supra-épineux qui relient les processus épineux entre eux. De façon imagée, représentez-vous un élastique semi-tendu (modélisant la colonne vertébrale) sur lequel sont attachés des petits bâtons de bois (les processus épineux, excroissances osseuses dirigées vers l’arrière des vertèbres). Si on détend l’élastique, on remarque que les extrémités libres se rapprochent et frottent les unes contre les autres. C’est exactement ce qui se passe au niveau de l’extrémité des processus épineux (les apophyses épineuses) lorsque le cheval creuse le dos. Ces déformations de l’axe vertébral sont à l’origine de fragilités, voire de douleurs. A l’usure, si le cheval continue d’être travaillé dans ce sens, elles entraînent immanquablement des réactions en chaîne, source de divers problèmes qui peuvent dépasser les pathologies dorsales.

La ligne du dos du cheval

A l’inverse, lors d’un travail en liberté bien mené, on constate que tout cheval atteint plus ou moins vite un état de décontraction naturel, dans lequel il réalise de fréquentes descentes d’encolure, mâchonne, bouge la langue dans sa bouche et salive. Les critères de décontraction observés au niveau de la bouche ne sont pas le fruit d’une action de la main ou du mors ; ils sont la conséquence d’un état de décontraction général obtenu par le réchauffement musculaire et la liberté de mouvement. A partir de ce moment, le cheval se déplace avec aisance, quelle que soit sa conformation, parce que le mouvement dans la décontraction entraîne cette locomotion harmonieuse de manière naturelle. Sa colonne vertébrale est étirée et alignée. Dans l’exemple précédent, imaginez cette fois-ci qu’on étire l’élastique vers le haut. Les extrémités des bâtons vont alors s’écarter. En s’abaissant, l’encolure va en effet tendre les ligaments nuchal et supra-épineux et ainsi permettre aux processus épineux de s’écarter, libérant les apophyses de tout frottement. Le cheval se déplace alors en se servant de son dos et en le préservant.

L’art de l’équitation consiste à apprendre au cheval à supporter le poids du cavalier en tendant sa ligne du dessus, et non pas à le subir en creusant le dos. Le retour à un alignement correct de la colonne vertébrale est la seule façon de redonner son efficacité optimale au corps entier de votre cheval. Pour cela, prenez le temps de l’observer en mouvement, en liberté ou à la longe, avant de monter dessus… et de comprendre son fonctionnement ! Par la suite, c’est cette attitude naturelle et décontractée, décrite ci-dessus, que vous devrez chercher à retrouver dans le travail monté. Voyons comment s’y prendre…

Dans la pratique, comment s’y prendre ?

1) Recherchez une attitude naturelle basse et décontractée

Commencez par échauffer votre cheval dans une allure lente, déliée, et une attitude proche de l’état naturel de décontraction, en privilégiant le réchauffement musculaire et l’obéissance aux aides les plus simples et compréhensibles. Laissez votre cheval mettre la tête où il veut tout en gardant des rênes tendues, mais avec le moins de contact possible, et les mains toujours légèrement au-dessus de la bouche. Pour équilibrer, tourner, ralentir ou arrêter, agissez avec vos mains, puis cédez complètement sur des rênes flottantes dès que votre monture amorce un étirement et récompensez. Votre cheval apprendra à se déplacer sans les interventions permanentes et intempestives de vos mains.

Une fois les mouvements d’étirement bien amorcés, demandez à votre cheval d’augmenter sa vitesse (sans déséquilibre) et son activité vers des allures moyennes, voire allongées. Vous obtiendrez alors une véritable tension de la ligne du dessus, c’est-à-dire un cheval qui se déplace avec son dos.

A l’issue de ce travail et avec le temps, votre cheval salivera et décontractera sa mâchoire naturellement, sans l’intervention directe de votre main. Vous l’aurez alors libéré de la contrainte de votre main. Ses allures auront gagné en régularité, en amplitude et en activité.

2)  Recherchez la « rondeur » en plus

Cherchez ensuite à étirer le dos de votre cheval tout en conservant un contact permanent sur la bouche. Pour cela, montez en tenant vos rênes à la française, en écartant vos mains exagérément, en peignant vos rênes ou en tenant qu’une seule rêne. L’objectif est d’arriver à supprimer la cassure possible de vos poignets, et ainsi d’obtenir plus facilement une ligne directe de la bouche de votre cheval à vos coudes. Ces exercices vous aideront également à conserver un contact franc et sans heurt avec la bouche de votre cheval. Trop souvent oublié alors que les anciens en faisaient un principe de base dans leur équitation, avoir un « bon » contact est indispensable au bien-être du cheval monté. La main doit toujours agir légèrement au-dessus de la bouche, voire juste au même niveau, mais jamais en-dessous, au risque de contraindre le cheval en lui plaquant la tête sur l’encolure ou de le figer en le laissant contre la main.

Comment savoir si le cheval travaille bien son dos ?

  • Encolure étirée vers l’avant et vers le bas
  • Ligne du dessus tendue, mais dans le relâchement musculaire (≠ contraction)
  • Bouche décontractée (salivation, mâchonnements) et cheval stable sur la main
  • Allure souple, déliée et cadencée, avec une amplitude suffisante
  • Possibilité de demander des variations d’amplitude sans perte d’activité, ni accélération
  • Eventuels mouvements de queue (≠ fouaillements) sur le côté, en rythme avec l’allure

Dans tous ces exercices, la tête du cheval doit être positionnée à (ou légèrement en avant de) la verticale. Un cheval plaqué ou encapuchonné n’engagera pas le postérieur, donc ne se servira pas de son dos.

Et si ça ne marche pas ?

Malgré cela, votre cheval reste figé sans se descendre ou n’est pas stable sur la main ? Vérifiez simplement que vous n’êtes pas en permanence agrippé à sa bouche. Le fonctionnement juste et la rondeur viennent du mouvement en avant, engagé par l’arrière-main et transmis au bout de devant via la ligne du dessus. Autrement dit, tout vient de l’engagement du postérieur sous la masse, pas de l’action des mains ! Inutile, donc, de se focaliser sur les rênes et sur l’avant-main pour chercher à mettre le cheval « en place ». La rondeur ne doit pas être un objectif en soi, c’est le résultat d’un travail juste réalisé dans l’impulsion, la souplesse et la décontraction.

Pour conclure… Les attitudes d’étirement peuvent être considérées comme une base à toute technique plus savante pour pratiquer une équitation de « l’arrière vers l’avant ». Indispensables lors de la détente, elles peuvent être redemandées régulièrement dans une séance et en fin de travail pour permettre au cheval de retrouver confort et justesse dans le fonctionnement de son dos. Vous devez avoir recours à un travail de répétition dans le temps pour développer ces nouveaux comportements. S’il n’est pas éduqué, votre cheval ne s’orientera pas en une seule séance. Vous aussi, en fonction de votre expérience, vous aurez besoin de plus ou moins de répétitions pour affiner votre emploi des aides. Soyez patient ! C’est par un travail régulier d’étirements que vous aiderez votre cheval à préserver son dos et l’aisance de ses mouvements.

Envie d’en savoir plus ?

Consultez la fiche équipédia https://equipedia.ifce.fr/enseignement-equestre/enseignement/didactique-plan-de-seances/travailler-le-dos-du-cheval.html

par Nicolas SANSON – Ecuyer du Cadre noir de Saumur et responsable du département pédagogique – Ifce

et Nelly GENOUX – Ingénieur agronome – Ifce

selle et ifce

Crédits photos @Ifce