LE PARTENAIRE 100% CHEVAL

Franck Pénide Docteur Vétérinaire, Clinique Vétérinaire Equine de la Teste, Cabinet Vétérinaire Equin de Biarritz, EQ IRM

Le cheval est un animal perissodactyle : il possède un nombre impair de doigts (à la différence de la vache par exemple qui en a deux principalement fonctionnels). En réalité, le poids du corps du cheval repose sur la dernière phalange (la troisième) d’un seul doigt (le médian ou troisième sur les cinq possibles) enveloppée dans une boite cornée : le sabot. C’est une adaptation de cette espèce herbivore à la course ou plus exactement à la fuite de ses prédateurs en milieu naturel. Cette particularité anatomique (parmi d’autres), si elle rend le cheval extrêmement performant pour courir, induit chez lui une plus grande prédisposition aux lésions de l’appareil tendineux de son doigt (la partie basse de son membre située sous le genou).

Un tendon est une structure fibreuse s’étendant d’un muscle vers un os. Il ne faut pas le confondre avec un ligament qui est une structure fibreuse également mais s’étendant d’un os vers un os.

Une tendinite est une lésion d’un tendon. On emploie également le terme de tendinopathie. Ces lésions peuvent impliquer les tendons extenseurs du doigt et les fléchisseurs du doigt. Elle peut être aigue (très récente, de l’ordre de quelques jours à une semaine), subaigue (datant de moins d’un mois) ou chronique (ancienne, installée).

L’objet de cet article sera de vous présenter les causes de ces lésions, les méthodes permettant leur diagnostic, les différents traitements possibles et enfin les pronostics qui sont attendus.

  1. Causes et types de tendinites :

Les tendons du cheval peuvent être blessés de deux façons différentes : par une surcharge de leur fonctionnement (tendinites de fatigue) ou par un traumatisme externe.

  • Les tendinopathies de surcharge fonctionnelle (de fatigue) :

Ce sont les tendinites les plus fréquentes chez le cheval sportif. 95% de ces tendinites des tendons fléchisseurs affectent les membres antérieurs. Elles débutent par une phase de « dégénérescence » du tissu tendineux qui a été amené à ses limites de tolérance (« surchauffe »). Puis il y a une rupture physique des fibres tendineuses, débutant généralement au centre du tendon (« core lesion » en anglais) et s’étendant de façon centrifuge. C’est pour cela qu’une « alerte » de tendinite (au stade de la « surchauffe » sans rupture de fibres) peut passer inaperçue lors d’un examen échographique.

Les causes sont ici multiples mais presque toujours en relation avec une surcharge des capacités mécaniques élastiques du tendon : un effort supérieur au niveau d’entraînement du cheval, un accident de posé du membre (posé dans un trou…), de mauvais aplomb (chevaux très longs, courts, bas ou hauts jointés), une pathologie sur le membre controlatéral induisant un report d’appui en surcharge, une surcharge pondérale (obésité du poney par exemple)… Parfois, mais plus rarement, des désordres métaboliques généraux peuvent induire une tendinite : de multiples gestations ayant causé une hypocalcémie sévère, un amaigrissement très sévère, une obésité, une maladie de Cushing…

  • Les fentes tendineuses :

Elles surviennent le plus souvent lorsque le tendon est dans une cavité synoviale (molette tendineuse). Les tendons les plus fréquemment touchés sont le Tendon Fléchisseur Profond du Doigt (TFPD latéralement) surtout sur les antérieurs et la manica flexoriadu Tendon Fléchisseur Superficiel du Doigt (TFSD) surtout sur les postérieurs. Dans ces cas, une distension de la gaine synoviale parcourue par ces tendons est visible et on parle alors de « molettes tendineuses » ou plus exactement de ténosynovite.

  • Les lésions tendineuses par traumatisme percutané :

Elles peuvent varier d’un simple hématome péritendineux à une tendinite ou même une plaie (lacération) tendineuse allant jusqu’à sa section (partielle ou totale).

2. Diagnostic des tendinites :

On ne peut traiter efficacement une lésion que si on la connait parfaitement. C’est pourquoi l’imagerie est fondamentale dans le traitement des tendinites.

  • Clinique :

En général la boiterie est faible mais on constate une déformation tendineuse associé à une chaleur et une sensibilité à la palpation.

  • Echographie :

C’est le moyen de référence pour le diagnostic. Elle est utilisée seule ou en mode doppler simultané afin d’évaluer la vascularisation du tendon.

  • Radiographie :

On peut parfois utiliser la radiographie pour l’étude des tendinites. C’est par exemple le cas lors de l’étude du canal carpien et des lésions par frottement causées par un ostéochondrome. Le tendon étant une structure anatomique allant d’un muscle à un os, l’insertion osseuse du tendon peut être évaluée parfois radiographiquement. Enfin, certaines minéralisations tendineuses peuvent apparaître à la radiographie.

  • Moyens d’imagerie avancée :

L’IRM (avec ou sans produit de contraste et/ou distension liquidienne du compartiment synovial préalable) ou le scanner (avec ou sans produit de contraste) peuvent permettre d’évaluer ces lésions. Il s’agit de moyens (surtout pour cela l’IRM) très efficaces pour évaluer le caractère aigu ou chronique de la lésion. Parfois, si la lésion est dans le sabot (tendinites du TFPD), seule l’IRM permet de diagnostiquer et documenter complètement la lésion. L’IRM peut se réaliser cheval debout sédaté ou sous anesthésie générale. Le scanner d’un membre ne réalise que sous anesthésie générale ce qui limite ses indications.

  • Chirurgie (ténoscopie) :

Dans certains cas (comme les fentes latérales du TFPD souvent) seule une exploration chirurgicale endoscopique sous anesthésie générale permet de faire le diagnostic d’une tendinite.

Photo – Tendinite du TFSD à mi canon

3. Traitement des tendinites :

  • Traitement conservateur :

Il s’agit des traitements qui comportent une phase de repos, puis de rééducation fonctionnelle. Ils sont généralement initiés par un traitement anti inflammatoire local (pommade) et/ou général. Le temps de repos et de rééducation est variable et dépend de la lésion. C’est pour cela qu’il est très important de documenter au mieux la lésion par imagerie.

  • Injections intra lésionnelles guidées par imagerie :

Il existe différentes stratégies selon le type de tendinite (aigue, chronique, massive ou discrète…) et sa localisation. Celles-ci impliquent l’emploi de différentes substances injectées mais elles relèvent presque toujours actuellement de la médecine régénérative. On peut citer par exemple : le PRP (Plasma Riche en Plaquettes), la moelle osseuse pure ou concentrée, les cellules souches autologues (venant du patient lui-même) ou hétérologues (venant d’un donneur) etc… Elles sont réalisées en général sous contrôle échographique mais il existe aussi des cas ou un contrôle radiographique (bourse de l’os naviculaire), fluoroscopique ou IRM de l’injection peuvent être réalisés.

  • Chirurgie :

De nombreuses techniques existent qui offrent une amélioration importante du pronostic de certains cas. Dans un premier temps, une immobilisation stricte, parfois même dans un plâtre, est nécessaire. Les techniques endoscopiques des gaines tendineuses synoviales sont bien sur les plus utilisées actuellement mais d’autres techniques notamment de desmotomies des ligaments annulaires proximaux ou distaux du doigt sont également très intéressantes. En cas de lacération tendineuse ou de contamination d’un compartiment synovial tendineux, la chirurgie est le plus souvent obligatoire pour sauver la vie de l’animal.

  • Physiothérapie :

Elle se définit comme étant l’utilisation de forces physiques pour influencer positivement la cicatrisation. En urgence on doit retenir: FROID + PRESSION + IMMOBILISATION. Par la suite, ces techniques doivent toujours être inclues dans un protocole de soins bien raisonné. Elles comportent les mesures de refroidissement (spa, cryothérapie…) ou d’échauffement des tendons (onguents, cataplasmes…), l’hydrothérapie, les ondes de choc, les ultrasons, les massages manuels ou à l’aide d’appareils (LPG etc…), l’électrostimulation (TENS…), les lasers, la magnétothérapie etc…

  • Kinésithérapie :

C’est le traitement par le mouvement. Il comporte les protocoles de rééducation fonctionnelle (dans l’eau ou sur la terre ferme) et la maréchalerie orthopédique. Cette dernière est indispensable à la bonne conduite thérapeutique d’une tendinite.

4. Pronostic des tendinites :

Il convient de différencier les lacérations tendineuses qui relèvent de la chirurgie et les tendinites de surcharge fonctionnelle. Différentes études médicales statistiques chez le cheval permettent de donner les chiffres suivants :

  • Pour les lacérations tendineuses après prise en charge chirurgicale immédiate :

+ Tendons extenseurs : 95% des chevaux survivent et 75% retrouvent leur niveau sportif antérieur.

+ Tendons fléchisseurs : 80% de survivants mais 50% de retour au niveau sportif antérieur

Mais attention si le traitement chirurgical est mis en œuvre après 24H la mortalité dans le cas des tendons fléchisseurs augmente de 20% à 26%.

  • Pour les tendinites de fatigue du tendon fléchisseur superficiel du doigt antérieur une évaluation échographique est indispensable pour évaluer les chances de l’animal. Ainsi une étude de référence menée à Hong Kong montre que :

+ S’il s’agit d’une lésion centrale ou core lesion de surface (à l’échographie) inférieure à 50% de la surface totale alors le cheval a 29 à 35% de chances de recourir de façon satisfaisante,

+ S’il s’agit d’une lésion impliquant plus 50% de la surface échographique alors la probabilité chute pour se situer entre 11 et 16%.

Pour les tendinites de localisation périphérique c’est l’altération générale de la structure tendineuse à l’échographie qui donne le pronostic.

+ Une altération structurelle à plus de 75% donne un pronostic de retour en course de 14%,

+ Une altération structurelle inférieure à 75% donne un pronostic fortement amélioré de 50 à 99%.

Il faut retenir de cet article les points fondamentaux suivants :

  • Une lacération chirurgicale est une urgence absolue, vitale, qui nécessite une prise en charge chirurgicale rapide.
  • Une tendinite n’est plus une lésion mettant fin à la carrière sportive d’un cheval en 2018. Mais personne ne pourra vous donner un pronostic sérieux sans une évaluation a minima par échographie. D’autres techniques d’investigation par imagerie existent pour certains cas particuliers.
  • Aucun traitement ayant une probabilité sérieuse de fonctionner ne pourra être entrepris sans cette imagerie, ne serait-ce que pour estimer le temps de repos nécessaire à la cicatrisation.
  • Les feux, vésicatoires et autres techniques employées sous l’inquisition espagnole sont totalement inefficaces pour soigner votre cheval. C’est pour cela aussi qu’en cas de tendinite on ne les emploiera pas sur vous!
  • En urgence retenir:

FROID + PRESSION + IMMOBILISATION

Et bien sûr appeler son vétérinaire.

Dr. Franck Pénide

 

Photo – Apparence à la tenoscopie (chirurgie) d’une lésion de la manica flexoria

Photo – IRM d’une lésion du TFPD dans le pied

Photo – Ténosynovite de la gaine des tendons fléchisseurs

Photo – Lésion périphérique en coupe échographique transversale du TFSD

Photo – Lésion périphérique en coupe longitudinale échographique du TFSD

Photo – Lésion centrale sévère en coupe transversale échographique du TFSD

Photo – Lésion centrale sévère en coupe longitudinale échographique du TFSD


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