(Par Catherine Vasseur Perrot – Nutrition & Micro nutrition équine)
L’été est là, et avec lui son lot de concours, de balades et de séances intenses.
Mais alors que nous sortons volontiers nos t-shirts légers, nos chevaux doivent composer avec un système de refroidissement d’une incroyable complexité. Le cheval doit maintenir sa température interne entre 38° et 38.5°, qu’il s’agisse d’un cheval de sport en plein effort ou d’un vieux compagnon au pré, les fortes chaleurs mettent leur métabolisme à rude épreuve.
Comment les aider à passer l’été en toute sécurité ? Décryptage et conseils de terrain issus des dernières recherches scientifiques.
Le cheval bénéficie d’une « climatisation » naturelle ultra-performante… mais coûteuse !
L’eau représente environ 60 à 65% du poids de votre cheval, au repos son réservoir de sécurité se situe dans son système digestif, en particulier le cæcum, qui agit comme une véritable éponge.
À l’effort la machine s’emballe, avec une masse musculaire représentant 40% de son poids (contre seulement 20% chez l’Homme), le cheval génère une quantité faramineuse de chaleur 70 à 80% de l’énergie musculaire est dissipée sous forme thermique ! Malheureusement, son ratio masse/surface cutanée est très défavorable (il évacue moins bien la chaleur par la peau qu’un humain).
Pour compenser son arme fatale est la sudation, les glandes sudoripares du cheval sécrètent de l’eau, des minéraux et une protéine unique la lathérine. Ce surfactant naturel permet à la sueur de s’étaler uniformément sur les poils pour maximiser l’évaporation (c’est elle qui mousse sous l’effet des frottements).
Le piège de la sueur équine, pourquoi votre cheval déshydraté ne veut pas boire ?
C’est l’une des découvertes les plus contre-intuitives de la médecine vétérinaire, un cheval fortement déshydraté peut refuser de boire !
Chez l’Homme la sueur est hypotonique (peu salée), lorsque nous transpirons, nous perdons surtout de l’eau, ce qui augmente la concentration en sodium dans notre sang et déclenche immédiatement le signal de la soif dans notre cerveau.
Chez le cheval la sueur est hypertonique, elle est plus concentrée en sels minéraux que son propre sang. Lors d’une sudation importante, il perd autant d’eau que d’électrolytes. Le sang reste donc dans un état de concentration stable (isotonique), le cerveau ne détecte aucun signal d’alerte et le réflexe de la soif ne s’active pas.
Lui présenter de l’eau pure à ce moment-là dilue le peu de sodium restant, coupant définitivement son envie de boire.
La douche, oubliez le couteau de chaleur !
Le refroidissement après l’effort est une priorité absolue. Une étude scientifique majeure (Takahashi et al., validée par l’IFCE) a révolutionné nos habitudes de pansage en classant l’efficacité des méthodes de refroidissement :
- La douche continue à l’eau froide est la méthode reine pour faire baisser la température profonde.
- La douche intermittente SANS passage du couteau de chaleur est beaucoup plus efficace que si vous raclez l’eau ! Contrairement à une idée reçue tenace, l’eau stagnante sur la peau continue de conduire la chaleur bien plus efficacement que l’air.
Râcler le cheval diminue en réalité l’efficacité du refroidissement.
- L’eau glacée (de 5 à 10°) est à bannir : elle provoque une vasoconstriction violente (les vaisseaux de la peau se ferment), emprisonnant la chaleur dans les organes profonds. Utilisez une eau tempérée (environ 15 à 20°).
Nos seniors face à la canicule, Cushing et anhidrose
Le cheval âgé de plus de 15 ans subit une baisse de son absorption intestinale d’eau et une altération de ses capteurs thermiques. S’il souffre du Syndrome de Cushing (PPID), le défi est immense :
- L’hirsutisme (poil long et bouclé) agit comme une couverture de fourrure en plein été, empêchant la dissipation thermique. Une tonte s’impose !
- La Polyurie-Polydipsie l’amène à uriner énormément, l’exposant à une déshydratation éclair.
Certains chevaux souffrent également d’anhidrose (incapacité totale ou partielle à transpirer). Le cheval reste sec, brûlant et souffle bruyamment au moindre effort.
La boîte à outils du cavalier pour l’été
Pour traverser sereinement les vagues de chaleur, adoptez ces réflexes simples :
- Pas d’électrolytes sans eau pure : Donner une seringue d’électrolytes à un cheval sans lui proposer de l’eau claire à côté est dangereux. Pour diluer ces sels dans son intestin, son organisme va pomper l’eau de ses propres vaisseaux sanguins, aggravant dramatiquement sa déshydratation ! Proposez toujours un seau d’eau pure à côté du seau supplémenté.
- Le pouvoir du bleu : Les chevaux préfèrent boire dans de grands seaux plutôt que dans des abreuvoirs automatiques à faible débit. De plus, des études démontrent que les seaux de couleur bleue stimulent naturellement l’abreuvement volontaire.
- Le bon sel : Une simple pierre de sel blanc de table pure suffit au repos, fuyez les blocs mélassés qui poussent à la surconsommation par gourmandise.
Pour le cheval de sport, préférez 30 g de sel de table directement dans la ration.
Gestion des prés : Privilégiez la mise au pré nocturne (de 19h à 9h) et protégez les zones de peau rose (nez, balzanes) du soleil avec des masques anti-UV ou de la crème solaire.
Ration « anti-chauffe » : Réduisez l’amidon et les protéines en période de canicule pour limiter la chaleur produite par la digestion, distribuez plutôt des mashs très liquides.
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