Par Equina’Bio – Nutrition & Micro-nutrition Équine
Avertissement : Cet article est proposé à titre informatif et préventif dans le cadre d’un soutien nutritionnel. Il ne remplace en aucun cas l’examen clinique, le diagnostic ou le traitement dispensés par un vétérinaire.
Dans l’imaginaire collectif, le cheval est un herbivore rustique pour qui « de l’herbe et du foin » devraient suffire à assurer une croissance harmonieuse. Cependant, la réalité physiologique est bien plus exigeante. Pour un organisme en pleine construction, l’absence de complémentation durant les premières années de vie n’est pas une méthode « naturelle », mais une prise de risque majeure pour la future carrière sportive et le capital santé de l’animal.
Le piège de l’apport calorique vs l’apport structurel
L’erreur fondamentale dans la gestion nutritionnelle du jeune cheval est souvent de confondre apport énergétique (calories) et apport structurel (nutriments de construction). Un poulain peut paraître « en bon état » visuellement, car le foin apporte suffisamment de fibres et de calories pour que ses côtes ne soient pas saillantes.
Pourtant, une « dette métabolique » peut s’installer silencieusement. L’animal grandit en hauteur (développement du squelette axial), mais faute de « briques » nutritionnelles, il ne peut pas densifier sa structure osseuse ni construire une charpente musculaire solide. On observe alors des tissus mous, des zones musculaires creuses (notamment derrière les cuisses) et un aspect juvénile persistant, signe que l’organisme mobilise ses propres réserves pour soutenir ses fonctions vitales au détriment de sa construction.
La Lysine : le premier ouvrier du chantier
Le développement musculaire n’est pas qu’une question de quantité de protéines, mais de qualité d’acides aminés. La Lysine est le premier acide aminé limitant chez le cheval.
Sans un apport suffisant en lysine (dont le foin est structurellement pauvre), la synthèse des protéines musculaires et de la trame organique de l’os est bloquée. La lysine est indispensable pour soutenir la formation des fibres de collagène qui permettent ensuite de fixer le calcium. Un déficit en lysine se traduit par un manque de masse tissulaire et une fragilité structurelle de l’os en devenir.
Cuivre et Zinc : les « soudeurs » de l’organisme
Si les protéines sont les briques, les oligo-éléments sont les outils de précision. Le Cuivre et le Zinc sont vitaux pour la solidité des tissus conjonctifs.
- Le Cuivre : Il active l’enzyme responsable de la « soudure » des fibres de collagène entre elles. Un apport insuffisant durant la croissance affecte la qualité des cartilages et l’élasticité tendineuse.
- Le Zinc : Indispensable à l’ossification et à la multiplication cellulaire, il aide au maintien d’une corne et de tissus sains.
Le risque ici est invisible à l’œil nu, bien que le cheval ne présente pas de gêne immédiate au pré, ses articulations accumulent des facteurs de risque. Un manque de minéralisation prépare le terrain à des sensibilités futures (type érosions cartilagineuses) dès la mise au travail. Le rapport Zinc/Cuivre doit d’ailleurs rester équilibré (environ 3:1 à 5:1) pour garantir une absorption optimale de chaque élément.
Le danger de la « croissance compensatoire »
Face à un cheval qui semble en retard, le réflexe habituel est d’augmenter massivement la ration avec un aliment souvent riche en céréales (amidon). C’est précisément là que se situe le danger le plus important, une croissance compensatoire déséquilibrée.
L’apport soudain d’énergie et de sucre provoque un pic d’insuline qui relance une croissance rapide. Si cette accélération n’est pas accompagnée d’une dose massive et précise de Cuivre, Zinc et Calcium pour minéraliser l’os nouvellement formé, l’organisme produit un os poreux et un cartilage de moindre qualité. Ce déséquilibre métabolique est un facteur de risque majeur pour l’apparition de troubles du développement articulaire.
En nutrition, nous comparons souvent cela à l’installation d’un moteur de Formule 1 dans un châssis fragilisé, la structure risque de céder sous l’accélération.
La stratégie du « Densifié » : Nourrir avec précision
Pour préserver le potentiel du cheval sans induire de risques inflammatoires, la stratégie n’est pas de « nourrir plus », mais de « nourrir précis » via la micro-nutrition de soutien.
- L’Aliment Complémentaire (CMV) : L’utilisation d’un Complément Minéral Vitaminé hautement dosé permet d’apporter du Cuivre et du Zinc sous forme assimilable (chélates) sans calories superflues. L’objectif est de couvrir 100% des besoins pour permettre une minéralisation osseuse optimale.
- Protéines de qualité : L’apport de sources riches en Lysine (comme le tourteau de soja ou des acides aminés purs) permet de soutenir la construction musculaire sans induire de prise de graisse excessive.
- Soutien antioxydant : L’ajout de Vitamine E et d’Oméga-3 aide à protéger les tissus en phase de reconstruction et soutient le métabolisme général.
Conclusion : La prévention est un investissement
Ne laissez jamais un poulain au « foin seul » sans un apport minéral adapté, même s’il semble en bon état visuel. Les déficits structurels ne se voient pas de l’extérieur avant qu’il ne soit trop tard pour la santé articulaire à long terme.
Une ration de rattrapage ne doit jamais être axée sur le sucre (amidon), mais sur les protéines et les minéraux. Investir dans un aliment complémentaire de qualité durant les trois premières années est un calcul économique gagnant, le coût d’une prévention nutritionnelle quotidienne est dérisoire comparé aux frais liés aux fragilités articulaires d’un cheval adulte dont les fondations ont été négligées.
Sources basées sur la littérature scientifique et les recommandations nutritionnelles (NRC, INRA).

