19 juin 2019 / Alimentation et compléments

Bien valoriser l’herbe en 10 points

Dossier
Comment bien valoriser l'herbe pour le cheval ?

Aliment le plus adapté et considéré comme le moins coûteux pour les herbivores, l’herbe n’est pourtant pas toujours bien valorisée dans l’alimentation équine. Utilisée comme ressource alimentaire principale, l’herbe peut souvent couvrir une large part des besoins nutritifs des chevaux à forts besoins (poulinière, poulains). Cela suppose cependant de bien gérer son exploitation (pâturage et/ou fauche) et d’entretenir les prairies pour maintenir un couvert végétal pérenne et de qualité. Mais en pratique, comment s’y prendre ?

Bien conduire le pâturage

1) Faire pâturer à 10-15 cm de hauteur d’herbe

Plus l’herbe est jeune, plus sa valeur alimentaire est élevée. La plante est alors essentiellement constituée de feuilles très appétentes, riches en sucres solubles et protéines. A mesure que le couvert végétal évolue vers le stade épiaison, les tiges s’allongent et se durcissent ; la valeur nutritionnelle de l’herbe diminue progressivement. Faites pâturer vos chevaux au bon stade, c’est-à-dire au stade feuillu, correspondant à une hauteur d’herbe de 10-15 cm. Au-delà, la végétation mature (montée en épis) est moins appétente ; le cheval laisse les graminées épiées de côté (refus) et sélectionne les herbes rases. Le couvert végétal devient hétérogène et la prairie est moins productive.

2) Conserver un couvert végétal homogène, au stade feuillu

Faire pâturer au stade feuillu c’est bien, mais arriver à maintenir ce stade sur la prairie c’est encore mieux ! Le point clé consiste à faire pâturer régulièrement en adaptant le chargement à la fois aux besoins des animaux et en fonction de la vitesse de croissance de l’herbe. Cela permet d’assurer une ressource alimentaire stable et homogène sans besoins de complémentation en concentrés pour les chevaux à forts besoins de production, comme la poulinière allaitante ou le poulain en croissance.  La pratique du pâturage tournant, la fauche des refus, l’alternance fauche/pâturage, le pâturage mixte bovins-équins… sont autant de pratiques permettant de maintenir un couvert végétal homogène et de qualité.

3) En-dessous de 5 cm, laisser un temps de repos pour la repousse

Attention au surpâturage qui entraîne l’élimination des réserves accumulées à la base de la plante nécessaires à la repousse et détériore la flore ! Les zones de sol nues sont propices à l’apparition de mauvaises herbes telles que les plantes à rosettes (pissenlit, porcelle…). En dessous de 5 cm de hauteur d’herbe, il est temps de sortir vos chevaux et de laisser un temps de repos suffisant pour permettre la repousse. En pâturage tournant dans les régions herbagères arrosées, comptez un temps de séjour d’une semaine par sous-parcelle suivi de 3-4 semaines de repos en pleine période de végétation (printemps) et 4-6 semaines en été et en arrière-saison.

4) Limiter le piétinement

Limitez au maximum la dégradation mécanique des sols et du couvert végétal. Pour cela, faites attention au chargement (nombre d’animaux par hectare) sur vos prairies. Au printemps, ⅓ à ½ ha par cheval est suffisant pour faire face à la croissance rapide de l’herbe. En hiver, tant que le sol est portant, une rotation sur plusieurs pâtures permet de maintenir le pâturage des chevaux sans ou avec un apport modéré de fourrages entre la mi-novembre et fin janvier. Dès que la sous-parcelle est consommée (maxi 5-6 cm d’herbe restante) ou le couvert se dégrade de trop (en fonction de la pluviométrie), les animaux sont changés de parcelle. Au moment de la période la plus humide (janvier-février), la rotation s’interrompt pour occuper uniquement la parcelle d’affouragement « sacrifiée » et faire bénéficier de 2 à 3 mois de repos les autres parcelles.

Produire des fourrages conservés de qualité

Un « bon » fourrage se définit par sa qualité sanitaire et une valeur nutritionnelle adaptée aux besoins des animaux.

5) Récolter au bon stade

Le stade de végétation au moment de la coupe va jouer sur la qualité nutritionnelle du fourrage. Faucher au stade début épiaison pour les graminées permet de produire un fourrage riche en énergie et protéines adapté aux animaux à forts besoins. Lorsque le stade épiaison est dépassé, la quantité de matière sèche récoltée est souvent plus importante mais le fourrage sera plus fibreux (riche en cellulose) et donc conviendra davantage pour les animaux à faibles besoins (entretien, repos, travail très léger).

6) Récolter dans de bonnes conditions météo

La qualité sanitaire et la valeur nutritionnelle du fourrage dépendent aussi des conditions pédoclimatiques et de récolte. Privilégiez une coupe par temps venteux et sec (attendre que la météo annonce 5 jours de beau temps), au-dessus de 5 cm pour éviter tout salissement par la terre ou les crottins. Fanez le jour même de la coupe puis en fin de matinée (après la rosée) les jours suivants. Cela permet de limiter le développement d’agents pathogènes et la formation de poussière. Bottelez lorsque le foin est bien sec (85% de matière sèche, tout est cassant).

7) Favoriser la diversité floristique des prairies

La diversité floristique joue également sur la qualité des fourrages. En général, les chevaux ont une préférence pour les graminées telles que le ray-grass, la fétuque et la fléole, mais la présence de légumineuses (trèfle blanc…) souvent riches en protéines et calcium est intéressante.

Entretenir ses prairies

8) Contrôler le développement des adventices

Attention au développement des herbes non consommées dites « adventices » (rumex, chardon, dactyle, porcelle, renoncule âcre…) qui nuisent à la qualité des prairies et diminuent leur productivité. Pour cela, fauchez/broyez les refus assez tôt dans la saison de pâturage avant le stade épiaison pour limiter la dissémination des graines.

9) Ressemer les zones nues

Toute zone dégarnie est propice à la pousse d’adventices. Quand vos prairies se dégradent et que des zones dénudées apparaissent, ressemez des espèces prairiales choisies pour leur capacité d’adaptation au mode de gestion (résistance au piétinement, développement plus ou moins rapide) et aux conditions pédoclimatiques (résistance à la sècheresse, adaptées aux milieux humides ou froids).

10) Favoriser la productivité des prairies

Différentes pratiques permettent d’améliorer la productivité des prairies : l’apport d’un amendement minéral (de la chaux par exemple), l’apport de matières organiques pour améliorer la structure du sol et éventuellement d’engrais chimiques afin d’apporter aux plantes des éléments directement assimilables pour favoriser leur croissance et leur développement.

Envie de creuser la question ? Consultez le Guide pratique équi-pâture « Le cheval à l’herbe – 10 bonnes pratiques »

Par Nelly GENOUX et Pauline DOLIGEZ (Ifce)

Crédit photo @Ifce.M.Dhollande