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Par le Dr Mathieu LENORMAND de la clinique équine de Conques

La dermatophilose est une infection de la peau qui se marque par une atteinte superficielle pustuleuse du derme. La bactérie incriminée est Dermatophilus congolensis.

Ce nom quelque peu exotique s’explique par son origine tropicale. De nos jours, cette bactérie est retrouvée dans le monde entier.

Dermatophilus conglensis a été retrouvée dans le sol mais de manière inconstante. Le terrain serait donc un réservoir mais de manière moins vraie que pour la rhodococcose (maladie du poulain) par exemple.

Une hypothèse également envisagée est un portage sans développement de la maladie chez certains individus. La bactérie se multiplierait ou serait transmise lorsque des conditions climatiques idéales ainsi que d’autres facteurs favorisants seraient rencontrés.

Une forte humidité pendant plusieurs jours est associée à une augmentation du nombre de chevaux atteints. Evidemment les animaux plus faibles (mauvais état général…) seront également plus sujets à développer la maladie. Les lésions cutanées favorisent aussi la maladie.

Il est intéressant de savoir que la maladie peut aussi être transmise par les tiques tout comme de nombreuses autres maladies. 

De l’importance d’apporter un soin particulier à l’entretien de vos prairies (fauchage des refus…).

Dans le troupeau tous les individus peuvent développer la maladie mais finalement seuls certains d’entre eux vont la développer.

La dermatophilose est donc une maladie contagieuse. La période d’incubation est en moyenne d’environ 2 semaines. Cette maladie représente 5,56% des dermatoses équines observées dans une des plus grandes universités américaines.

A quoi cela ressemble-t-il ?

Les lésions primaires de la dermatophilose sont donc une infection de la peau et des follicules pileux. Les lésions se rejoignent pour finalement former les lésions typiques dites en « pinceau ». Si on tire sur les poils des zones atteintes, ils s’arrachent ensemble et donnent l’impression d’avoir les soies d’un pinceau entre les doigts. La base des poils est généralement prise dans une croûte épaisse.

Sous les croûtes, la peau est le plus souvent purulente. Les zones atteintes sont douloureuses mais généralement sans provoquer de démangeaison  chez notre équidé.

La répartition des lésions a le plus souvent lieue au niveau des zones les plus exposées à la pluie (croupe, ligne supérieure du dos, surface de la selle…) mais aussi toutes les zones où le cheval aurait pu se blesser. La dermatophilose est rarement transmise à l’homme.

Comment le diagnostiquer ?

Les différents diagnostics à envisager par votre vétérinaire sont la dermatophytose (la teigne), des infections bactériennes (staphylocoque…) ou parasitaires de la peau et certaine maladies auto-immunes.

Le diagnostic de certitude va reposer par la mise en évidence des bactéries. Les dermatophiles présentent une structure typique en rails de chemin de fer. La culture de la bactérie peut être négative si le cheval est en court de guérison.

La biopsie cutanée est également un examen complémentaire intéressant.

Quid du traitement ?

La plupart des cas régressent spontanément dans les 4 semaines si les animaux sont maintenus au sec. Des soins locaux au moyen de shampoing antiseptique adapté sont le traitement de choix.

Le cheval sera nettoyé et les croutes retirées dans la mesure du possible. Les shampoings seront répétés trois fois par semaine la première semaine puis une fois par semaine jusqu’à guérison. N’oublions pas cependant que l’excès de shampoing est également nuisible car il va perturber la population de bactérie naturellement présente sur la peau, cette population étant la première barrière de défense du derme.

Evidemment une hygiène des locaux, du matériel de pansage et autres couvertures est indispensable pour permettre la guérison. L’entretien des pâtures à la fois pour limiter la prolifération des tiques dans les herbes hautes et pour limiter les zones susceptibles de provoquer des lésions cutanées est aussi un point essentiel lorsque les conditions de vie du cheval le permettent.

Malheureusement nos équidés ne semblent pas développer d’immunité suffisante pour éviter des récidives dans le futur.

Dr Mathieu Lenormand

Clinique équine de Conques

3 Château Conques,

33420 Saint-Aubin-de-Branne

 05 57 74 94 21

Référence

EQUINE DERMATOLOGY, 2003, Elsevier Science (USA), Scott & Miller, 234-242.